Procès putsch manqué: des écoutes téléphoniques impliquant des officiers ivoiriens

La présentation des pièces à convictions, notamment, la lecture des éléments sonores, entrant dans le cadre du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, a été poursuivie ce mardi 26 mars 2019 devant la Chambre de jugement du tribunal militaire. Au moins une dizaine d’écoutes téléphoniques, dont la plupart implique, une voix attribuée au général Gilbert Diendéré et des interlocuteurs ivoiriens, togolais et sénégalais, notamment, ont été lues à l’audience de ce jour.

A la lecture des audio, il ressort que durant la période du putsch, le général Gilbert Diendéré a reçu des appels de soutien venant du Mali, la Côte d’Ivoire et du Burkina, notamment. Parmi les interlocuteurs de la voix supposée être celle du général Diendéré, y figure le colonel Zakaria Koné de la Côte d’Ivoire, un officier général ivoirien et le Malien Sidi Lamine Oumar.

Ces interlocuteurs, incitaient celui que le parquet militaire et la partie civile identifient comme le général Gilbert Diendéré à «tenir bon» et à ne «jamais rendre les armes», si ses «hommes (lui) sont toujours fidèles».

Les ivoiriens Zakaria Koné et l’officier général de l’armée de Côte d’Ivoire, dont le nom n’a pas été donné, encourageaient le président du Conseil national pour la Démocratie (CND), dans les éléments sonores, du 29 septembre 2015, à «se battre», à «faire sortir les hommes» et d’ «aller prendre l’aéroport» car ainsi «des gens peuvent venir». A ces conseils, le général Diendéré a répondu que c’est une opération difficile à mettre au point.

L’officier général ivoirien a également informé le général Diendéré sur le dispositif de l’armée qui avait encerclé le camp de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et lui a demandé s’il avait des besoins et la voix attribuée au général Gilbert Diendéré de répondre qu’ils ont «besoin de fonds». Aussi dans cette conversation, le général Diendéré a fait savoir que si les autres (militaires) ne tempèrent pas, l’affrontement est inévitable.

Selon le parquet, ces éléments sonores montrent la connexion du général Gilbert Diendéré avec l’extérieur, notant que c’est l’extérieur qui dictait même la conduite à tenir. Cela est également la position des avocats de la partie civile.

Quant aux conseils du président du CND, ils ont soutenu que le numéro qu’on attribue au général Diendéré n’a jamais été le sien. «Rien ne prouve que c’est le général qui a été écouté», a dit Me Olivier yelkouni. Pour Me Yelkouni, et Me Latif Dabo, même si c’était des communications de leur client, à aucun moment, il n’a entrepris des actions, il n’a pas sollicité une aide quelconque, faisant savoir que c’est des gens qui lui font des propositions mais le général n’a jamais dit qu’il allait aller dans leur sens. Selon eux, ces écoutes ne sauraient constituer des infractions de trahison, notant que la voix supposée être celle de Diendéré est restée passive.

L’audience a pris fin vers 16h30 et reprendra demain mercredi 27 mars 2019.

Par Daouda ZONGO

Wakatsera.com

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Procès du putsch : Sidi Omar, l’homme qui a demandé au Général Diendéré de ne pas remettre les armes si…

Procès du putsch : Sidi Omar, l’homme qui a demandé au Général Diendéré de ne pas remettre les armes si...

A l’audience de ce mardi 26 mars 2019, le parquet militaire a poursuivi la diffusion des pièces à conviction. Parmi les fichiers sonores présentés dans la matinée, il y a un entretien téléphonique du journaliste de Jeune Afrique, Rémi Carayol, de Sidi Omar, membre de la coordination des mouvements de l’AZAWAD, et du maréchal des logis chef Ouédraogo Moumouni. Tous ont échangé avec le Général Gilbert Diendéré.

Dans la première communication, celle avec le journaliste, le Général explique que ce qui coince, reste le manque de garantie pour la sécurité de ses hommes, vu que beaucoup étaient arrêtés ou recevaient des menaces. Dans l’audio, l’ancien chef du CND a évoqué la libération des autorités de la Transition comme élément de bonne foi du RSP pendant les négociations, même si celui-ci semble avoir été payé en monnaie de singe.

Dans la conversation à peine audible, avec le gendarme Ouédraogo Moumouni, le parquet note que ce dernier a exprimé son soutien au Général Diendéré. Ce dernier a également eu un échange avec le sociologue malien, Sidi Omar, de la coordination des mouvements de l’AZAWAD, le 23 septembre 2015.

Le Général, suivant le contenu de la pièce, a exprimé ses inquiétudes sur le désarmement et le cantonnement. Sidi Omar, accusé également dans la procédure, a exprimé son soutien au Général en affirmant que le Général Pingrenoma Zagré « allait payer sa trahison tôt ou tard ».

Sidi Omar, dans l’audio, a également demandé au Général Diendéré de ne pas remettre les armes si ses hommes lui sont toujours fidèles. En réponse, Golf aurait lâché : « On est obligé de faire semblant. On n’a pas fait la guerre. On n’a même pas commencé ».

A propos du dernier élément sonore, le parquet militaire est convaincu de la posture de la hiérarchie militaire qui n’a pas joué le jeu des putschistes.

Le ministère public a également avancé que le Colonel Abdoul Karim Traoré coordonnait les actions au niveau du MNLA pour le compte du Général Diendéré puisqu’il ressort de la pièce sonore, que Sidi Omar se plaignait de ne pas pouvoir joindre le colonel depuis 11 h.

Appelé à la barre, Sidi Lamine ne s’est pas exprimé sur la question. Son conseil, Me Aouba Zaliatou, a fait savoir que traiter la hiérarchie militaire de traître, c’est reconnaître que cette hiérarchie a marché à un moment donné avec le RSP. Elle a également rappelé que le fichier audio a été modifié, chose qu’aurait reconnu le juge instructeur. L’avocate dit ne pas comprendre enfin pourquoi le Maréchal des logis chef, Ouédraogo Moumouni, n’est pas dans le box des accusés puisque ce dernier a également exprimé son soutien au Général Diendéré.

Revenant à la conversation entre son client et le journaliste Rémi Carayol, Me Olivier Yelkouni, a fait savoir au parquet militaire qu’il existe dans la conversation des passages à décharge pour le Général Diendéré tels que  »

- Ils sont toujours ouverts au dialogue
- On va tout faire pour que ça ne dégénère pas
- On ne va pas jeter de l’huile sur le feu  »

« Nous sommes d’accord que des mots ou phrases peuvent être mis à la décharge du Général Diendéré mais c’est vous, les avocats, qui êtes là pour soigner les intérêts du Général. Ce n’est pas au parquet de le faire sinon quel serait votre rôle ici ? », a répondu l’accusation.

Lefaso.net

Expertise téléphonique du putsch: L’expert Sanfo secoué par la défense qui met en cause son impartialité et son indépendance

Dans la matinée de ce mardi 19 mars 2019, Younoussa Sanfo, ingénieur informaticien, expert en cybersécurité et en investigations numériques, était à la barre du juge Seidou Ouédraogo pour son deuxième jour de témoignage. Si les accusés et leurs conseils remettent en cause la probité, l’indépendance et l’impartialité de l’expert en investigation numérique, qui dans le cadre de ce procès a fait parler les appareils numériques en les consignant dans un rapport de 512 pages, l’homme des technologies, lui, affirme la main sur le cœur avoir exécuté son travail en respectant l’éthique et la déontologie de sa profession et en ayant pour boussole l’ordonnance du juge d’instruction. Quoi qu’il en soit, la défense appelle le tribunal à prendre ce rapport d’expertise, qui met accable certains accusés, avec des pincettes.

Durant leur interrogatoire, la plupart des accusés ont rejeté certaines retranscriptions téléphoniques produites par l’expert Younoussa Sanfo, ingénieur informaticien, expert en cybersécurité et en investigation numérique, commis à cette tâche par le juge d’instruction. L’expert en investigation numérique était donc très attendu à la barre pour éclairer la lanterne du tribunal sur son travail et les conditions dans lesquelles il l’a effectué. Les avocats de la défense ont ainsi profité de son passage à la barre pour mettre à nu les défaillances qu’ils constatent dans le travail de l’expert ; lequel travail a permis l’inculpation de bon nombre d’accusés présentés aujourd’hui devant cette première chambre de jugement.

Me Dieudonné Bonkoungou de la défense note que depuis le 17 septembre 2015, avant qu’il soit commis à la tâche de faire parler les appareils numériques, « le génie de l’électronique » travaillait avec la gendarmerie et prenait langue avec certaines autorités politiques et religieuses, dont Monseigneur Paul Ouédraogo et Chériff Sy, président du CNT, pour diffuser des messages anti-putsch et apaiser la tension. Dans les questions-réponses de ce jour, l’expert a avoué avoir envoyé un message téléphonique au capitaine Abdoulaye Dao pendant la période du coup d’Etat, avant d’être choisi comme expert de ce dossier,  message dans lequel il demandait à Dao de décrocher les appels de Mgr Paul Ouédraogo et du président du CNT, Chériff Sy. Pour lui, c’était dans le seul but de participer à l’apaisement de la situation. Toute chose qui fait conclure à l’homme en robe noire qu’il n’y a pas de garantie de probité, d’indépendance et d’impartialité en ce qui concerne le rapport de 512 pages produit par le sieur Sanfo après que celui-ci a expertisé les appareils numériques des accusés. « Comme vos messages ne figurent pas dans votre rapport, il est possible aussi que certains messages aient été délibérément exclus par vous, car ils gênaient certaines personnes. Vos messages montrent qu’à la belle heure, vous étiez aussi un des activistes, qui aux côtés de Chériff Sy, aidait à apaiser la situation… C’est vrai que j’ai entendu le parquet et les avocats de Zida qui soutiennent que la réquisition à personne qualifiée n’a rien à voir avec l’expertise de M. Sanfo. On ne peut pas apprécier le rapport de l’expert sans faire de lien avec la réquisition à personne qualifiée. Les deux sont intimement chevillés. Cette réquisition a été une tentative de dire à M. Sanfo d’agir. Ne pouvant pas agir, il y a eu la radio 108.0. Il a par la suite travaillé avec M. Chériff Sy pour éviter l’affrontement. Cette personne ne peut donc pas se retrouver par la suite comme expert et travailler en âme et conscience. M. Sanfo n’a pas pu travailler en toute impartialité, même si on lui reconnaît une certaine expertise légale. Je vous demande, Monsieur le président, de considérer que cette réquisition à personne qualifiée est la base du travail de M. Sanfo », a détaillé Me Bonkoungou.

Pour le parquet, étant donné qu’aucun avocat de la défense n’a demandé une contre-expertise après le dépôt du rapport de l’expert, on peut en déduire qu’il n’y avait aucun grief contre ce rapport. « La loi vous donnait la possibilité de demander une contre-expertise. Pour nous, si cela n’a pas été fait, c’est que les gens sont en phase avec ce rapport. Sur quelle base juridique donc Me Bonkoungou demande de relativiser la force probante de ce rapport d’expertise ? Il fait un mauvais procès à l’expert », répliquent Alioun Zanré et ses pairs, qui estiment que contrairement aux affirmations du conseil du général Djibril Bassolé, ce dossier du putsch de septembre 2015 n’est nullement orienté et il n’y a aucune volonté d’écriture inique.  Mais pour Me Zaliatou Awoba, aucune disposition n’empêche les conseils des accusés de critiquer le rapport de l’expert devant la juridiction de jugement, même si pendant l’instruction ils ne l’ont pas contesté.

A la question de savoir si la signature de l’expert Risse commis à la tâche d’extraction des éléments numériques a été apposée directement par celui-ci ou s’il l’a fait de façon électronique, l’expert Sanfo a refusé de répondre en envoyant l’avocat vers le juge d’instruction qui a demandé le travail. Ce refus d’éclairer la lanterne du tribunal est très parlant pour Me Bonkoungou : «  Vous voyez, le diable se trouve dans les détails. Il ne s’agit pas ici de vos compétences, mais de l’appréciation de votre travail dans un contexte donné. Les experts se sont réparti le travail envers et contre l’ordonnance du juge. Les deux ont été commis par les mêmes termes de mission. Alors comment l’extraction a été remise à l’expert Risse et l’analyse à l’expert Sanfo ? »

De nouvelles pièces qui passent mal du côté de la défense

On se rappelle qu’au cours de leurs interrogatoires, certains accusés comme le lieutenant Limon K. Jacques, le journaliste Ouédraogo Adama dit Damiss, le bâtonnier Mamadou Traoré et le général Gilbert Diendéré avaient rejeté certaines retranscriptions sorties de leurs téléphones portables par l’expert Sanfo. Face à ces différentes contradictions et pour la manifestation de la vérité, le parquet a demandé à l’Office national des télécommunications (ONATEL), l’opérateur qui abrite les numéros des intéressés, le listing des relevés téléphoniques afin de les comparer au travail de l’expert. En transmettant ces nouvelles pièces à toutes les parties ce mardi matin, le ministère public entend les verser dans le dossier, afin de lever le voile sur la question de certains messages dont les auteurs rejettent la paternité. Mais pour certains conseils de la défense, cette démarche du parquet militaire est aux antipodes de la loi et les pièces qui en résultent n’ont aucune valeur accablante. « Ces documents, M. le président, ça ne veut rien dire. Oui, ça veut plutôt dire que le parquet s’est rendu compte que le rapport de l’expert ne vaut rien. C’est n’importe quoi. Ce n’est pas un rapport d’expertise. Pour un rapport aussi volumineux et coûteux, il ne vaut rien. Ces pièces sont, entre autres, les relevés téléphoniques de mon client à des personnes. Ça part du 15 septembre 2015 au 30 septembre 2015. Ce document ne vaut rien. Il est venu en rescousse au rapport de l’expert, mais il est muet. Je vais partir avec le document, mais je vais en faire un brouillon dans mon cabinet », se déchaîne Me Sombié face à cette nouvelle preuve qui peut mettre en cause son client. Contrairement à lui, Me Nion pense qu’à cette étape de la procédure, le parquet ne poserait pas d’actes fortuitement et ces pièces méritent d’être étudiées avec minutie. « Si elles ont été produites, c’est qu’elles ont un intérêt. Je n’entends pas bazarder les intérêts de mon client. Je demande donc un report pour étudier les pièces… je me pose des questions sur la légalité d’une telle démarche du parquet. Je m’offusque de ce procédé. Mais Monsieur le président si vous entendez prendre en compte ce document, j’entends demander un report pour étudier ces pièces avec mon client. Il a le volume d’un dictionnaire. Le parquet aime à dire qu’il ne frappe pas en dessous de la ceinture, mais là, on est en dessous carrément de la ceinture », estime Me Nion. Et Me Yelkouni d’ajouter : « Pour nous, ces pièces ne sont ni plus ni moins que des compléments d’informations. Ce sont des actes qui devaient se faire pendant l’instruction, mais il n’est pas permis au parquet de le faire à cette étape des débats. Comme il s’agit d’un dossier de coup d’Etat, les gens croient que tout est permis ». Mais pour la partie civile, il n’y a aucun texte qui empêche une partie du procès de produire des pièces à cette étape du procès. « Pour notre part, il n’y a aucun souci à recevoir ces pièces. Toutes nos passions humaines ne peuvent pas trouver solution dans la procédure », souligne Me Kam.

Face à ces avis contradictoires, le président du tribunal a donné rendez-vous le lundi 25 mars 2019 pour les débats sur ces pièces produites par le parquet. Ces débats se feront en présence de l’expert en investigation numérique Younoussa Sanfo, afin de confronter son travail au relevé téléphonique produit par l’opérateur de téléphonie mobile. En attendant cette date, le procès se poursuit avec la présentation des preuves.

Candys Solange Pilabré/ Yaro

Radarsburkina.net

Marie Laurence Ilboudo/Marchal, ministre de la Solidarité nationale : « Il y a des déplacés qui gaspillent leurs vivres »

L’Observateur Paalga dans son édition du vendredi 22 au dimanche 24 mars 2019, s’est fait l’écho de complaintes de déplacés oubliés de Kaya et de Dablo. Il n’en est rien selon celle qui dirige les opérations, la ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille et de l’Action humanitaire, Hélène Marie Laurence Ilboudo/Marchal. Dans une interview qu’elle nous a accordée le vendredi 22 mars, elle a indiqué que son département n’a aucun intérêt à faire de la discrimination dans la prise en charge des personnes vulnérables. Et que certains d’entre eux font du gaspillage. D’après celle qui a été élue présidente de la 7e conférence ministérielle des pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), c’est suite à la visite d’un parti politique à Kaya et à Dablo que certains déplacés ont fait cette déclaration. 

La situation sécuritaire que traverse notre pays a entraîné de nombreux déplacés, combien sont-ils au juste à travers le pays ? 

Cette question tombe bien. Je viens justement de finir une réunion avec le système des Nations unies et nous avons rapproché nos chiffres. Nous étions à moins de 100 000 déplacés, il y a moins d’un mois. Aujourd’hui nous sommes à 129 000 déplacés sur toute l’étendue du territoire national.

Quelle est la cartographie de ces déplacés ? 

Ces déplacés sont essentiellement dans la zone de l’Est, dans la Boucle du Mouhoun, du Centre-est, du Centre-nord, du Nord et du Sahel.

Quel genre de soutien, vous leur apportez ? 

Nous avons élaboré une stratégie de prise en charge globale de ces personnes déplacées. Elle comprend trois dispositifs.

D’abord le plan d’urgence (sanitaire, abri, nutrition, etc.). Pour régler ces urgences, nous avons deux procédés. Le premier  est de faire des camps pour les personnes déplacées. C’est le cas des camps du Centre-nord (Barsalogho et deFoubé) et du Sahel (Tiogo, Arbinda et à Djibo). Dans ces cinq camps, nous privilégions la communion entre la population hôte et les populations déplacées Le second procédé du dispositif d’urgence, consiste à trouver des familles d’accueil aux déplacés. Il faut aussi dire que nous prenons en charge les familles qui acceptent accueillir ces personnes en détresse.

Ensuite le pré-relèvement qui consiste à faire un recensement et une prise en charge psycho-sociale des déplacés. Et pour ceux qui veulent retourner dans leur milieu d’origine, parce qu’ils y ont investi ou parce qu’ils ont un attachement, nous les assistons. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent, nous les assistons également jusqu’à ce qu’ils se retrouvent. Il y a des psychologues, des éducateurs sociaux, …

Enfin le dernier volet de la stratégie, c’est le plan de relèvement. Nous les accompagnons à se réinstaller dans les milieux choisis. C’est un plan global que nous avons établi en partenariat avec le Système des Nations unies. Nous avons affiché un besoin de 100 millions de dollars. Et on est actuellement en train de mobiliser ces fonds. Il faut préciser que ces 100 millions de dollars ne nous seront pas donnés en liquidité. Ce sont des investissements dans le plan global que nous avons tracés. Ces investissements sont pris en compte comme si c’était l’apport de l’extérieur pour le Burkina. Ce qui est bien, c’est que c’est nous qui conduisons l’opération.

Quels types de problèmes vos équipes rencontrent-elles sur le terrain   

Ils sont divers. Il y a des problèmes d’incompréhension. Certaines personnes pensent que nous avons l’argent et que nous devons obligatoirement les assister. Le gouvernement est responsable de chaque Burkinabè. Le minimum que nous pouvons leur donner pour qu’ils vivent dignement, c’est ce que nous leur donnons. L’assistance ne doit pas être permanente. En plus de cette situation d’incompréhension, il y a le problème de ressources. Gérer les déplacés nécessite beaucoup d’argent et nous sommes toujours en train de travailler pour mobiliser les ressources. Nous étions à plus de 400 millions de francs CFA dépensés par l’Etat sans oublier l’appui des partenaires.

Il semble que certains de vos convois sont attaqués par des terroristes, qu’en est-il exactement ? 

Nous sommes en situation de guerre, ce qui veut dire que personne n’y échappe. Tous les secteurs de notre pays sont attaqués. Et nous ne dérogeons pas à la règle. Mais rien ne pourra nous enlever notre volonté de répondre au besoin des populations vulnérables.

Parmi les nombreux cas, il y a ceux consécutifs au drame de Yirgou. Comment s’est organisé le soutien aux victimes ? 

Le drame de Yirgou avait le même objectif que toutes les attaques terroristes.  C’est-à-dire, semer la zizanie et la discorde communautaires. Ils y sont un peu arrivés à Yirgou puisqu’il y a eu des déplacés. Mais quand on parle de déplacés, il ne faut pas se focaliser uniquement sur ceux de Yirgou. Nous y avons un peu moins de 3000 personnes déplacées sur le camp de Barsalogho. Sur le camp de Foubé, nous avons 10 000 personnes. Mais au-delà de ces chiffres, c’est la dignité de ces personnes qui est en jeu.

L’Observateur Paalga s’est fait l’écho des complaintes des « déplacés oubliés de Kaya et de Dablo ». Quelle est la réalité de la situation ? 

Je viens de communiquer avec le maire de Dablo qui a soutenu ne pas être au courant d’une telle situation. Il y a eu des visites politiques dans la zone et c’est à l’issue de cela, que de telles déclarations sont sorties. Je sais ce que moi et mon département avons fait comme apport à Dablo. Nous avons fait un recensement et y avions compté 1011 déplacés à Dablo-Kougpela et 1318 à Dablo-Bawéné.  Nous avons convoyé des abris, des couvertures et des vivres pour ces personnes. Ce que les gens ne savent pas, c’est que la prise en charge des déplacés obéit à des normes internationales. Ces normes soutiennent qu’il faut à peu près 400g de vivres par jour et par personne. Ces 400g sont multipliés par le nombre de personnes dans les ménages et parfois nous majorons avec des apports en calories pour les enfants et les femmes allaitantes. Et les approvisionnements sont prévus chaque trois mois. Il y a des déplacés qui gaspillent leurs vivres tout en pensant qu’on va revenir avant la fin des trois mois pour les  approvisionner. Il est important que les familles qui bénéficient des vivres fassent attention et ne les gaspillent pas. Nous sommes dans une situation de guerre, on ne peut pas se le permettre. Peut-être, comme c’est un début, c’est mal compris. A la fin de ce mois, nous allons réapprovisionner Dablo. Il faut que les gens sachent qu’une assistance humanitaire se fait dans un cadre. On ne peut pas aller distribuer toutes les semaines ou tous les jours. Cela demande une masse critique de personnes pour convoyer les vivres et les distribuer ainsi que d’autres aspects que les gens ne voient pas forcément. Mais nous allons travailler à réduire les trois mois pour que les déplacés ne sentent pas que c’est long ou aient l’impression qu’on les a abandonnés.

Actuellement à Dablo, nous avons déjà distribué plus de 25 tonnes de vivres. Et c’était il y a deux mois de cela.

Et Kaya ?

Nous n’avons pas travaillé sur Kaya-centre.

Pourquoi ? 

Parce que c’est une ville. Nous travaillons sur les communes dans lesquelles nous avons accueilli des déplacés. Si des gens quittent ces communes, il est difficile pour nous de les retrouver. Nous avons privilégié les endroits où ils sont avec des familles d’accueil et aussi les camps. En dehors de cela, il est difficile pour nous de les suivre partout. Nous n’avons même pas la compétence ni les moyens pour faire cela. On a une stratégie d’accompagnement pour tout le monde. Surtout avec le peu de ressources qu’on a à notre disposition, nous devons nous organiser pour être à l’écoute de tout le monde. Tout le monde doit être traité au même pied d’égalité.  Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des réfugiés que nous devons traiter dignement, il y a ceux qui viennent du Mali suite au conflit Dogons/Peulhs. Il faut que les populations nous comprennent et que chacun fasse des efforts pour qu’on puisse faire notre travail.

J’ai lu dans vos colonnes que 5 000 personnes sont oubliées à Kaya et à Dablo. Ces deux localités sont de la région du Centre-nord, et cette région est prise en charge. Comment donc on peut les oublier ? Je vous conseille d’ailleurs de retourner à Dablo, vous verrez qu’il y a une prise en charge, que nous avons distribué des vivres. Il se pourrait que dans la distribution, il y ait eu des oublis mais nous repartons lorsqu’on nous signale ces cas. Ceux qui pensent qu’il y a des oublis, qu’ils se signalent au ministère et si c’est avéré, ils seront pris en charge. Il n’est pas de notre intérêt de faire une discrimination dans la prise en charge humanitaire des personnes vulnérables. C’est peut-être une mauvaise lecture de ceux qui sont allés sur le terrain.

Si on vous suit bien, donc tout baigne chez les déplacés ?

 

Tout ne baigne pas. C’est difficile. Nous avons des déplacés sur Arbinda, sur Koudougou, sur Tongomaël,…Pas plus tard qu’hier (NDLR : jeudi 21 mars), on nous a annoncé de nouveaux déplacés sur Matiakoali.  Donc tout ne baigne pas. Ce sont des zones difficiles où il y a des difficultés à trouver l’eau. Nous avons envoyé des équipes de forage. La semaine dernière, elles ont fait plus de 10 forages négatifs. Elles viennent d’avoir un seul forage positif.

Ce qui m’a un peu alerté dans votre publication, c’est que les gens ne voient que la nourriture, il n’y a pas que ça. Il y a l’assainissement, il faut que les déplacés aillent aux toilettes, qu’ils se baignent, qu’ils aient de l’eau potable pour boire. Il faut aussi faire attention à leur santé. Par exemple sur le camp de Barsalgho, il y a eu une épidémie de rougeole que nous avons pu maîtriser. Il y a eu aussi une épidémie de méningite qui a été circonscrite. Quand on confine des gens, il y a toutes sortes de maladies qui peuvent survenir donc il faut faire attention.

Si nous avons déjà tout cela comme acquis, il ne faut pas se focaliser sur les insuffisances. Il faut encourager les équipes qui sont sur le terrain et qui ne dorment pas, jour et nuit, pour prendre soin des personnes vulnérables. Je suis souvent avec eux et je coordonne tout. Je profite de votre journal pour encourager toutes ces personnes. Il s’agit des forces de défense et de sécurité, des agents de l’action sociale, de l’action humanitaire, de l’éducation, de la santé,… c’est un travail de coordination gouvernementale. Ce n’est pas seulement mon département. Je suis juste la coordinatrice de l’ensemble de ces secteurs.

Nous sommes très attentifs sur ces questions qui constituent un sujet de préoccupation pour le Président du Faso.

Entretien réalisé par J. Benjamine Kaboré

L’Observateur Paalga

Procès du putsch : Des éléments sonores qui semblent enfoncer le Général Gilbert Diendéré

Procès du putsch : Des éléments sonores qui semblent enfoncer le Général Gilbert Diendéré

Le parquet militaire a procédé, ce lundi 25 mars 2019, à la diffusion d’éléments sonores impliquant notamment des accusés tels que le Général GIlbert Diendéré et le magistrat militaire, le colonel Abdoul Karim Traoré.

Le dossier diffusé au tribunal militaire est intitulé « Delta ». Il comporte plus de 200 fichiers sonores. Le premier audio incrimine le Général Gilbert Diendéré. « On tient à vous soutenir pour ce que vous avez fait pour nous », disait un individu au Général à l’autre bout du fil. Suite au mot d’encouragement, le Général Diendéré aurait dit : « Moi je l’ai fait mais vous ne m’avez pas suivi ». Puis à l’interlocuteur de répliquer qu’ils vont essayer de s’organiser.

Pour les avocats des parties civiles, notamment Me Hervé Kam, l’action du 16 septembre 2015 avait bien des géniteurs, parce que dans la communication, il est clairement établi entre les deux interlocuteurs que la nécessité d’interrompre la transition a toujours existé.

A la barre, le Général Diendéré est resté stoïque dans ses propos. Il ne souhaite pas faire des observations sur les écoutes téléphoniques. Il s’en tient à ses déclarations antérieures.

L’autre audio qui a retenu l’attention du parquet est relative à la conversation que le Général Gilbert Diendéré aurait eue avec Mahamadou Djérid Maïga, ancien chef du Mouvement national de libération de l’Azawad (décédé en octobre 2018) et le Colonel Abdoul Karim Traoré, le 23 septembre 2015, à 14h 45mn. Dans l’audio, en plus d’annoncer au Général que le lieutenant-colonel Mamadou Bamba s’est rendu à la gendarmerie, le Colonel Traoré aurait demandé des moyens pour quitter le sol burkinabè. Pour le parquet, ces enregistrements ne doivent plus faire douter les plus sceptiques. Mis devant les faits accomplis, le colonel Traoré a, cependant, refusé d’opiner sur la question en l’absence de ses conseils.

La conversation la plus compromettante est celle avec Djeri Maïga. Il annonçait au Général Diendéré que ses hommes s’organisaient du côté de la frontière et n’attendaient que le signal pour intervenir. Selon Me Farama, c’est la preuve que l’accusé avait des connexions avec des personnes extérieures au RSP, d’autant plus qu’en aucun moment il n’a exprimé une réprobation.

Dans son intervention, Me Kam est revenu sur la principale raison qui a conduit l’ancien chef du MNLA à quitter le Burkina Faso en octobre 2015 et de souligner qu’il « serait parti avec le téléphone du Général Diendéré qu’on ne retrouve pas, selon certaines indiscrétions ».

Face à ces affirmations, les avocats de la défense contre-attaquent. « Est-ce que le Général a exprimé le besoin d’avoir des gens qui seraient installés dans une de nos frontières pour intervenir dans notre pays ? Non. C’est du vide ce que vous racontez. Il n’y a pas d’infraction de trahison », se défend Me Olivier Yelkouni.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

1.1m

Procès du putsch : Liberté provisoire pour le Caporal Dah Samy ?

Procès du putsch : Liberté provisoire pour le Caporal Dah Samy ?

Me Antoinette Boussim a plaidé, ce lundi, pour une remise en liberté provisoire de son client, le Caporal Dah Samy, l’un des premiers soldats détenus à la MACA dans le cadre du dossier du putsch. Il a déjà introduit sept demandes de liberté provisoire qui ont toutes été rejetées.

A l’audience du 25 mars 2019, son conseil Me Antoinette Boussim a précisé que les conditions légales n’étaient pas réunies lors de l’arrestation de son client. « Le caporal Dah Samy a été interpellé le 21 septembre 2015 et c’est le 6 octobre de la même année qu’il a signé la mesure de garde à vue. 15 jours après, nous avons reçu un mandat de dépôt à son encontre. A ce jour, son arrestation n’est pas conforme à notre juridiction. », a-t-elle invoqué.

En plus des conditions de garde à vue exécrables. Pour tous ces manquements, elle a plaidé pour la liberté provisoire de son client. Concernant la question de garantie de représentation, l’avocat a rassuré que son client a fourni le nécessaire. « Il n’a pas l’intention de se soustraire de votre juridiction. Il a un domicile fixe et une tierce personne comme gage », note l’avocate.

Le parquet militaire s’est, une nouvelle fois, opposé à la mise en liberté provisoire du prévenu. « Les débats ne sont pas clos. A tout moment des gens peuvent procéder à la subordination de certains témoins ou des accusés. Aussi, le fait d’avancer une tierce personne n’est pas suffisant. Et s’il prend la clé des champs ? », S’interroge-t-il. Pour le parquet, la demander de liberté provisoire au bénéfice du Caporal Dah peut poser de sérieuses difficultés pour la suite de la procédure. « Nous l’avons dit à plusieurs reprises, nous sommes en train d’aller petit à petit vers le dénouement de cette affaire ».

A la barre, l’incriminé a fait son mea-culpa. « Si je savais que c’était pour venir prendre part à un coup d’Etat, je n’allais pas le faire. C’est le Sergent-chef Roger Koussoubé qui m’a appelé », a-t-dit, avant de demander l’indulgence du tribunal. Il conclut en rappelant que la plupart des soldats arrêtés après lui ont même bénéficié d’une liberté provisoire. Notons qu’il est accusé pour attentat à la sureté de l’Etat, meurtre ainsi que coups et blessures volontaires.
Le délibéré est fixé à la prochaine audience.

Sidibé Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

Procès du putsch : « Jacques Limon ne veut plus se battre », ironise Me Séraphin Somé

Procès du putsch : « Jacques Limon ne veut plus se battre », ironise Me Séraphin Somé

Comme annoncé, l’expert en sécurité informatique a été rappelé à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou, à l’audience de ce lundi 25 mars 2019. Mais il n’aura pas eu à dire grand chose. Car ce sont plutôt les relevés téléphoniques qui ont parlé, confirmant les échanges entretenus entre certains accusés. Dans la matinée, les débats ont donc porté sur la pièce produite par le parquet militaire, à savoir les relevés téléphoniques de certains accusés, obtenus auprès des opérateurs .

S’il y a bien un accusé qui a réfuté le contenu de l’expertise téléphonique menée par Younoussa Sanfo, c’est bien le lieutenant Jacques Limon. Ce dernier, depuis sa déposition à la barre, a toujours crié au complot contre sa personne pour une affaire de passation de marché pour l’acquisition de matériel devant servir à l’expertise téléphonique, dans le cadre de la procédure. Son avocat, Me Mamadou Sombié, dit avoir l’impression que les personnes qui ont signé le marché sont tapies dans l’ombre et veulent « liquider » son client.

Il a rappelé que le téléphone du lieutenant Limon n’a pas été expertisé et que le juge a prononcé une ordonnance de non-lieu pour l’accusé Jean Bénédicte Bi-ila qui a pourtant échangé des SMS plus graves que ceux échangés entre son client et le capitaine Zoumbri. « Le lieutenant Limon a dit que c’est quand il était au courant de la passation de marché qu’on a ajouté des messages à ceux qu’il a envoyés au capitaine Zoumbri », a déclaré Me Sombié. 
Mais les fadettes obtenues auprès des opérateurs et brandies par le parquet sont venues remettre en cause ses déclarations, confirmant les conclusions de l’expertise informatique.

« Quand le lieutenant Limon est passé ici, on pensait qu’il allait se battre jusqu’à la dernière goutte de sueur. Aujourd’hui, il ne veut plus se battre. Il est déjà dans la plaidoirie. Il dit que pour ses SMS, on ne doit pas lui infliger une condamnation ferme. Les carottes sont cuites. Il a reconnu la matérialité des échanges. Tous ces débats autour du marché étaient de la diversion. Je vous prie de constater que Limon, à travers son avocat, a commencé à vous demander pardon », a déclaré Me Séraphin Somé de la partie civile.

En réaction aux propos de son confrère, Me Sombié dira qu’il n’a pas encore commencé sa plaidoirie. « Je commence à réunir des éléments afin d’obtenir l’acquittement de mon client. En quoi avons-nous plaidé notre culpabilité ? Le lieutenant Limon a été attrapé comme un mouton de Tabaski ».

Notons qu’à l’audience, le parquet militaire a également énuméré plusieurs échanges téléphoniques, une dizaine environ, entre le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss et le général Diendéré. Dans la pièce produite par le parquet, il ressort que les deux hommes se sont appelés le 16 septembre 2015, quatre fois en l’espace de 30 minutes, entre 13h08 et 13h39. Un échange a également eu lieu à 14h50, après l’arrestation des autorités de la Transition, jusqu’à 17h moins, quelques minutes avant la rencontre de la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD) au ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants.

Mais Me Guy Hervé Kam souligne qu’entre 22h et 2h40, c’était le silence radio entre les deux hommes. Pour l’avocat de la partie civile, « c’est parce qu’ils étaient au même lieu », c’est-à-dire au camp Naaba-Koom. La communication reprendra de plus belle jusqu’à 3h40, alors que le général avait quitté le camp pour le ministère de la Défense.

Pour le conseil de Damiss, Me Stéphane Ouédraogo, le parquet s’engage dans « un glissement insidieux » en prétendant que les échanges téléphoniques sont des preuves d’actes de complicité. Selon lui, le nombre d’appels échangés importe peu, et l’accusation devrait plutôt s’atteler à donner le contenu de ces appels.

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Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net